Les Homelies

Homélie 4e dimanche A
Une nouvelle vision du bonheur
Aujourd'hui, les Béatitudes selon saint Matthieu, nous donne un texte très positif. Très positif parce que même si « heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés », ceux sont des pleurs de joie pour reconnaître les grâces, les dons que le Seigneur nous a donnés. Ce mot « heureux » comme une litanie, heureux, ça nous invite à aller de l'avant, ça nous invite à accueillir cette présence du Christ dans nos vies comme une force. Mais pour découvrir tout ce qu'il y a de positif et qui nous pousse à aller de l'avant, Jésus invite ces hommes et ces femmes qui le suivent à gravir une montagne.
Les montagnes en Terre Sainte, ce ne sont pas nos Pyrénées, en quatre heures de marche, on gravit, on arrive en haut. Dans cette symbolique de la montagne, je dirais se rapprocher du bon Dieu, se rapprocher du ciel, et puis la deuxième symbolique, prendre de la hauteur, prendre de la hauteur par rapport à l'effervescence du monde, à l'agitation qui nous entoure et à ce moment-là Jésus les invite à s'asseoir et à l'écouter. Matthieu s'adresse à une communauté de juifs convertis, dont tous ses préceptes, ils les connaissent bien, mais en mettant l’accent pour dire à ces convertis de se bouger intérieurement, se bouger extérieurement pour transmettre, partager ce qu'ils ont reçu de la Parole du Seigneur.
Le livre de Sophonie a été rédigé au VIe siècle avant Jésus-Christ. Ce livre à deux pendants. Un négatif, comme nous avons pu un peu l'entendre dans la lecture, et un autre positif. Dimanche dernier, je vous parlais de cette division qu'il y a eu avec le peuple Israël au Xe siècle avant Jésus-Christ. Cette séparation entre la Samarie et les juifs de Jérusalem. Jésus disait, quand il traversait le pays des Samaritains, qu’il était mal vu, parce qu'il savait tous qu'il était un juif et qu'il allait à Jérusalem. Même si les Samaritains étaient des juifs, ils reconnaissaient pour adorer le Seigneur, non pas le Temple de Salomon à Jérusalem, mais le mont Horeb, la montagne où Élie et Moïse ont eu la révélation de Dieu.
Nous sommes encore dans ce conflit avec Sophonie. Le peuple se détourne de la religion, et ils sont trop imbriqués dans l'esprit du monde. Ca peut nous renvoyer à nous aujourd'hui, avec la politique actuelle au niveau international et nationale. La lecture de saint Paul, nous invite à réfléchir sur deux sagesses.
Une sagesse logique de raisonnement, sagesse humaine et la sagesse de Dieu, qui est complètement différente, c'est la sagesse de l'amour. L'autre jour, on me disait que je parle beaucoup d'amour. L’évangile c'est l'amour, je ne vais pas vous parler de haine, il y en a assez comme ça autour de nous, donc c'est l'amour. Paul nous parle de cette sagesse qui est l'amour.
Puis l'humilité, rendre grâce au Seigneur pour les dons que nous avons, les charismes que Dieu nous donne, et savoir lui dire merci. Là aussi, ça nous renvoie à notre baptême. C'est notre racine pour avoir pleinement la présence de Dieu en nous. Il vient se révéler à nous avec la force de l'Esprit Saint. En parlant du baptême, c'est prendre de plus en plus conscience de cette force qui est en nous.
Et comme saint Jean-Paul II disait pour la France, « France, qu'as-tu fait de ton baptême ? » Nous avons à nous poser la question, nous aussi, de temps en temps, que faisons-nous de notre baptême ? Les dons, les charismes que le Seigneur nous donne, c'est pour faire grandir l'humanité, faire grandir la création qui nous entoure. J'irai plus loin, être des créateurs inventifs pour continuer à créer. Bien sûr, les nouveaux savants, les nouveaux ingénieurs sont déjà nés, ils sont au milieu de nous. Comment ils vont mettre cette sagesse qu'ils ont intérieurement, intellectuellement, la mettre à bon escient, pour le bien commun, pour avoir ce sens du bien, à la fois pour l'humanité, mais aussi à la fois pour la création, pour notre terre.
Notre baptême nous plonge dans tout cela. Nous avons cette mission. On ne peut pas trop savoir quelle est notre mission tout le temps, mais il faut demander au Seigneur, la force de l'Esprit-Saint, pour qu'il nous guide, pour qu'il nous dise, voilà où est ta place.
Cette place, peut-être, elle sera pour un temps donné, parce que le Seigneur nous appelle à aller plus loin, encore, dans notre mission. C'est avec tout cela que nous cheminons avec ces heureux, et donc, « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Cette pureté du cœur, nous ne l'avons pas sur terre, loin de là, mais nous avons à tendre vers, parce que c'est la sainteté, et nous l'accueillerons pleinement, cette pureté du cœur, au ciel.
Au ciel, ce qui parlera pour nous, comme dit saint Jean de la Croix, « nous serons jugés sur l'amour », tous les actes d'amour que nous aurons donné tout au long de notre vie. A la fois donner des actes d'amour et en recevoir. Donc, « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ».
C'est ce que nous célébrons aujourd'hui, à chaque Eucharistie, en célébrant ce grand mystère, ce grand miracle, la messe, nous recevons le Corps du Christ en nous. Il vient grandir, Il vient nous éclairer. Mais là aussi, ce n'est pas un automatisme. Si on ne demande pas au Seigneur, quand nous communions, viens grandir en moi, viens me transformer, il aura beau frapper à notre porte, dans notre cœur, elle restera fermée. Si nous lui demandons, il se rendra encore plus présent, parce que, par la demande, nous lui ouvrons ce cœur qui parfois se ferme.
Amen.
Père Patrick Fauries