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Homélie 30e dimanche A

Homélie 30e dimanche A

Dimanche, 25 Octobre 2026

 La semaine dernière, j’avais donné un titre à nos lectures : la bienveillance et la charité. Aujourd’hui, nous pouvons leur en donner un autre, je dirais : l’accueil. L’accueil du Seigneur, de ses commandements, de sa Parole, l’accueil du prochain. Il y a ces deux commandements dans cet extrait de l’Évangile selon saint Matthieu. Dans le Deutéronome, quand nous lisons les dix commandements, il y a d’abord deux mots. Le premier mot : « Écoute, Israël » (le Shema Israël), qui est très important pour les Juifs et qui doit l’être aussi pour nous, parce que nous avons d’abord le verbe « écouter ». Pour les rabbins, écouter, c’est tendre l’oreille. Ce n’est pas simplement être en présence, voir la personne qui est en face de moi : je tends l’oreille, c’est-à-dire que je fais l’effort de me mettre en présence et d’entendre ce que le Seigneur va me dire. Mais c’est aussi vrai entre nous. Écouter, entendre la parole du Seigneur, cela veut dire ensuite la mettre en pratique. Dans le premier commandement, j’écoute ce que le Seigneur me dit, et il me dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ton âme. » Nous sommes donc centrés sur Dieu, parce que le Seigneur va nous donner tout ce dont nous avons besoin pour vivre dans notre quotidien. Il va nous donner sa force, il va nous donner son amour. Mais le Seigneur ne veut pas que nous restions centrés sur lui, parce que le Seigneur n’est pas une idole. Le Seigneur n’est pas une statuette, comme on peut le lire dans un psaume : « Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas. » C’est bien ce que saint Paul dit aux Thessaloniciens dans la lecture d’aujourd’hui : « Vous avez quitté vos idoles pour vous tourner vers le Dieu vivant », le Dieu unique, le Dieu qui nous invite à une relation avec lui.

Être centré sur lui, oui, il le faut. Mais ce qui est beau, c’est qu’ensuite, automatiquement, le Seigneur nous fait décentrer de lui pour nous tourner vers les autres. C’est le second commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Ce « comme toi-même », c’est aussi que le Seigneur m’accueille tel que je suis. Bien sûr, il nous aime tels que nous sommes, mais il y a quelque chose qu’il n’aime pas en nous : c’est le péché, c’est le mal. C’est banal de le dire, mais il est bon de le dire, parce que, quand nous le disons, nous en prenons conscience. Mais si, par humilité, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui dire : « Voilà, Seigneur, tel que je suis », il viendra nous visiter pour nous aider, non pas d’un coup de baguette magique, mais au fur et à mesure, pour nous laisser transformer intérieurement, pour nous faire changer. Et ce changement vient de ce que j’accueille sa Parole, la Parole de Dieu. Cela veut dire qu’il est bon de lire la Bible à la maison, de temps en temps, sans chercher à effectuer un travail exégétique ou scientifique, en se demandant ce que ce mot ou cette phrase veut dire. Non : je lis gratuitement et je me laisse interpeller par la Parole qui vient me rejoindre aujourd’hui, dans ma vie, dans mon quotidien, parce que la Parole de Dieu est vivante. C’est en venant à la messe, en recevant le corps du Christ, que Jésus vient pleinement habiter en nous et grandir en nous. Nous nous nourrissons spirituellement ; il est donc très important aussi de fréquenter assidûment l’Eucharistie, tous les jours il y a la messe. Le jeunes Carlos Acutis y été très attaché. 

La Parole de Dieu, l’Eucharistie c’est être à l’écoute de Dieu : c’est en grande partie le témoignage que les Thessaloniciens nous donnent aujourd’hui. Nous faisons une lecture suivie de l’épître de saint Paul aux Thessaloniciens, c’est-à-dire aux habitants de Thessalonique, en Macédoine. Paul, Silas, Luc et Barnabé sont allés évangéliser ce pays, cette région, et après leur départ est né un noyau de communauté chrétienne. Les évangiles n’existaient pas à ce moment-là. Très rapidement après la mort du Christ, Paul a commencé sa mission, et il recevait des lettres. Nous en avons conservé quelques-unes, et surtout, dans ses réponses, il nous montre toute une théologie profonde, qui n’est pas innée, je dirais, mais vraiment pétrie par l’Esprit, comme il le dit lui-même, par l’Esprit Saint et par la parole qu’il a entendue des apôtres et des disciples, de ceux qui ont entendu Jésus et qui l’ont vu. Les évangiles ne commenceront à paraître que vers l’an 70 de notre ère. Ces gens de Thessalonique ont donc entendu la Parole de Dieu dite, transmise par d’autres hommes et femmes. Ce n’est pas seulement en lisant la Bible (il le faut bien sûr), mais c’est aussi la mission du baptisé. Comment vais-je témoigner du Christ ? Par ma parole. Et le Seigneur va faire sienne ma parole pour passer à travers moi et toucher les cœurs. Quand Paul revient à Thessalonique, il se réjouit de tout ce qui se passe dans cette communauté naissante. Il faut savoir qu’elle est alors persécutée. Mais ils ont la force de Dieu en eux, ils ont ce courage. Ils ont accueilli la Parole du Seigneur, ils ont accueilli des disciples du Seigneur, pour se laisser convertir et transformer intérieurement.

Nous-mêmes, là où nous sommes, nous sommes missionnaires de différentes manières. Comme je vous l’ai dit, et je le répéterai : si nous pouvons parler, nous parlons ; si nous ne pouvons pas parler, nous nous taisons. Mais, par notre attitude et notre manière d’être, nous dirons quelque chose de la présence du Seigneur dans nos vies. Dans la première lecture, tirée du livre de l’Exode, on retrouve aussi tout ce thème de l’accueil. Le peuple d’Israël a fait la traversée, de l’esclavage à la liberté. Ils sont arrivés en terre promise, ils sont bien installés. Mais, il y a des gens qui viennent habiter sur cette terre. Le Seigneur remet un peu les pendules à l’heure, je dirais, avec ce verset : « Moi, je suis compatissant », dit le Seigneur. En disant cela, il leur fait un reproche, parce qu’eux ne sont pas du tout compatissants, ils ne veulent pas accueillir. Dans cet extrait, le Seigneur rappelle au peuple d’Israël d’où il vient. Qu’ont-ils vécu avant d’arriver en terre promise ? L’esclavage en Égypte, puis les quarante ans dans le désert, à se plaindre continuellement, à se détourner du Seigneur, à retourner vers les idoles, le veau d’or. Il faudra quarante, en tout cas cinquante ans, pour qu’une génération soit passée et que la nouvelle génération arrive en 

terre promise.

Là, le Seigneur leur dit : « Maintenant, accueillez votre prochain. » Le Seigneur est avec l’orphelin, l’immigré, le faible, le pauvre, l’emprunteur, parce qu’il est là, lui aussi, pour aider tous ces gens à cheminer vers lui. Qu’on soit athée ou d’une autre religion, c’est avant tout la dimension de l’amour qui compte. Souvent, j’entends dire que des non-chrétiens font autant d’actes de charité que les chrétiens. Tout à fait, et heureusement. Mais ce qui est de plus pour nous, d’être chrétiens et baptisés, ce n’est pas de rester les bras croisés à attendre que le temps passe. Hier soir, j’étais dans une famille, et l’on m’a posé une question sur cette parole : « Car à celui qui a, on donnera ; et à celui qui n’a pas, même ce qu’il croit avoir sera enlevé.» C’est vrai que ce n’est pas facile à comprendre, mais c’est tout à fait cela. Celui qui a beaucoup, mais ne connaît pas Dieu, recevra cette connaissance pleinement de Dieu. Celui qui a reçu mais a peu donné, on lui enlèvera même ce qu’il a. Cela concerne les baptisés. Car, le jour de notre baptême, nous recevons pleinement en nous la Trinité sainte, le Père, le Fils et l’Esprit. À la confirmation, quand nous sommes confirmés dans notre foi, en tant qu’adultes dans la foi, nous recevons la plénitude des dons de l’Esprit ; mais, déjà par notre baptême, nous avons les dons de l’Esprit. Le Seigneur nous donne des charismes, et c’est là que nous avons énormément reçu. Cela me faisait penser à Jean-Paul II, lorsqu’il est venu en France la première fois et qu’il a dit : « France, fille aînée de l’Église, qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? » C’est pourquoi tout être sur terre est appelé à aimer, plus ou moins bien ; mais, en tant que chrétiens, en tant que baptisés, nous aurons à rendre des comptes au Seigneur : comment ai-je fait fructifier en moi tous les dons qu’il m’a donnés et qu’il me donne continuellement ? Hier, on m’a montré une photo prise à la porte de l’église. On y voyait le mot « Sortir », avec plein de mains derrière le mot. C’est un signe qui dit : maintenant que vous êtes venus à la messe, ces mains symbolisent le partage autour de vous de ce que vous avez reçu. Dans ce partage, il s’agit aussi d’accueillir l’autre tel qu’il est. Bien sûr, on a parfois du mal à aller les uns vers les autres, selon les atomes crochus, etc. Mais c’est le Seigneur qui nous demande de faire cet effort. Quand nous avons du mal à le faire, c’est tout simple : souvenons-nous de ces deux commandements. Tendons l’oreille et disons au Seigneur : « Donne-moi ta force, je suis à ton écoute. »

Ces deux commandements résument tous les commandements du Seigneur. Des dix commandements, le peuple juif est passé à 613 commandements, avec l’évolution de la société et tous les besoins qu’il y avait de coordonner et de guider le peuple.

Demandons donc au Seigneur d’être attentifs à sa parole, pour accomplir sa volonté. Amen.

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